Espace virtuel, entretien virtuel… candidat virtuel ?
Par arnaud, lundi 11 juin 2007 à 09:51 :: General :: #8 :: rss
Connaissez-vous l’espace virtuel « Second Life » ? Il s’agit de ce que l’on pourrait presque appeler un monde parallèle, tant les personnes qui l’utilisent investissent affectivement leur « avatar », ce « second moi » digital. On n’est pas si loin du scénario du célèbre film des frères Wachowski « Matrix ». Cet espace virtuel en 3 dimensions permet à des internautes de se retrouver, de nouer des relations et même de travailler, de gagner de l’argent. Il existe même une possibilité de changer de l’argent « réel » contre de la monnaie locale et inversement.
Récemment, une société a voulu tenter l’expérience d’effectuer des entretiens avec des candidats dans cet espace virtuel. Une île (rien que ça !) a été achetée pour l’occasion, ce qui donne une idée de la démesure du champs des « possibles » et les fantasmes que cela peut générer. Les candidats se connectent à « Second Life », créent leur avatar et se « téléportent » jusqu’à l’espace de rencontre. Jusqu’ici tout va bien et tout le monde se félicite de cette expérience qui peut ouvrir vers de nouvelles formes de recrutement.
Bon. Prenons un peu de recul. Une personne représentée par une image numérique potentiellement fantaisiste face à une autre représentation numérique tout aussi incertaine dans un espace virtuel fantasmatique dans un acte de communication auquel on accorde du crédit. Cela ne choque personne ? Faisons l’effort de nous poser la question « qu’est-ce qu’un avatar ? » qui représente ici les deux (ou plus) interlocuteurs. Cette projection graphique est déjà largement utilisée dans les forums de discussion. Elle est matérialisée la plupart du temps par une image censée identifier la personne ayant posté un message. Selon les cas, cette image est une photo réaliste de la personne, un objet, une situation, une image extraite d’un film, d’une B.D., ou toute autre représentation picturale abstraite. On pourrait tout à fait extrapoler et se risquer à dire que la personne cherchant à être identifiée par son avatar voudra, en fonction du contexte et de sa personnalité, mettre en avant un trait de son caractère, un personnage qu’elle affectionne et auquel elle s’identifie, ou encore se représenter telle qu’elle voudrait être. On pourrait énumérer longtemps les formes de l’avatar et les possibilités d’identification à la personne que l’on croit être, que l’on aimerait être, celle que l’on est en réalité etc… Dans le cas d’un espace en 3D, réalité de la communication est toute aussi virtuelle. On se trouve ici dans un monde où le principal intérêt est de s’extraire de la réalité. Des lois de l’espace et du temps, de l’enveloppe corporelle que nous habitons. Un avatar et deux écrans séparent ici le regard du recruteur et celui du candidat.
Demandons-nous alors, ce que l’on peut bien espérer avoir de mieux dans ce contexte.
Une image vient à l’esprit à l’issu de cette description, celle d’un spectacle de marionnettes. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Un acte de communication effectué par des pantins et observé par un œil externe.
On pourra certainement rétorquer que lorsque deux personnes ont un échange téléphonique, elles ont également la possibilité de se « cacher » derrière la dématérialisation de la voix pour tendre vers l’image qu’elles souhaitent renvoyer. On notera toutefois qu’ici le phénomène est largement amplifié et même « brouillé » par un ensemble d’informations visuelles.
Alors au final, ce formidable outil, ce monde (virtuel) de possibilités, existant grâce à la réunion de technologies et de talents, dans ce cas précis, est-il vraiment plus efficace qu’un simple appel téléphonique ?
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